Extrait de «Les Douze Étapes et les Douze Traditions» p. 110 à 113 et 118:

Comment allons-nous méditer?
Au fil des siècles, il s'est évidemment accumulé une expérience considérable de la prière et de la méditation. Les bibliothèques et les lieux du culte du monde entier regorgent de trésors ouverts à tous les chercheurs. Il est à souhaiter que tous les membres des AA, déjà encouragés à la méditation par leur appartenance religieuse, se remettent comme jamais auparavant à la pratique de cet exercice. Mais qu'advient-il de tous les autres qui n'ont pas cet avantage et qui ne savent même pas par où commencer ?

Eh bien! nous pourrions commencer comme ceci. Prenons d'abord une vraie bonne prière. Nous n'aurons pas loin à chercher: les grands hommes et les grandes femmes de toutes les religions nous en ont laissé une riche provision. Arrêtons-nous à l'une d'entre elles, qui est classique.

Depuis maintenant plusieurs siècles, son auteur a été reconnu comme un saint. Nous n'en serons pour autant ni effrayés ni biaisé, car même s'il n'était pas un alcoolique, il a connu comme nous des déchirements émotifs. Et au sortir de cette expérience douloureuse, il exprimait, dans la prière qui suit, ce qu'il pouvait désormais voir et sentir et ce qu'il désirait devenir :

Comme débutants en méditation, nous pourrions maintenant relire très lentement cette prière à plusieurs reprises pour savourer chacun des mots et pour essayer de comprendre le sens profond de chaque phrase et de chaque idée. Tant mieux si nous pouvons abandonner toute résistance aux paroles de notre ami. Dans la méditation, en effet il n'y a pas de place pour la controverse. Nous nous laissons porter calmement par les pensées d'une personne avertie pour y vivre une expérience et pour apprendre.

Détendons-nous, comme si nous étions allongés sur une plage ensoleillée, respirons profondément l'atmosphère spirituelle dont nous enveloppe la grâce de cette prière. Disposons-nous à nous laisser prendre, à être tonifiés, à être soulevés par ce vif courant d'énergie spirituelle, de beauté et d'amour que transportent ces paroles magnifiques. Contemplons maintenant la mer et méditons sur son mystère; levons les yeux vers l'horizon lointain, dépassons-le pour découvrir toutes ces merveilles encore inexplorées.

«Zut, alors», s'écriera l'un ou l'autre. «C'est du délire. Ça ne rime à rien.»

S'il nous vient des réactions de ce genre, nous pourrions nous rappeler, avec un certain embarras, tout l'intérêt que nous accordions au produit de notre imagination lorsqu'elle tentait d'inventer la réalité à partir de la bouteille. C'est bien le genre de réflexions qui nous régalait, n'est-ce pas? Bien que nous soyons sobres maintenant, ne nous arrive-t-il pas encore souvent de faire la même chose? Le malheur n'était peut-être pas de nous servir de notre imagination, mais plutôt notre totale incapacité à orienter celle-ci dans la bonne direction. Il n'y a rien de mal à utiliser notre imagination de façon constructive: c'est le point de départ des plus valables réalisations. Après tout, personne ne peut construire une maison sans s'être d'abord imaginé un certain plan. Eh bien! c'est la même chose pour la méditation: elle nous aide à visualiser notre objectif spirituel avant tout effort pour l'atteindre. Revenons donc à notre plage ensoleillée ou, si vous préférez, aux plaines et aux montagnes.

Une fois situés par cette simple formule dans une ambiance favorable au travail paisible de l'imagination constructive, nous pourrions procéder comme suit:

Nous lisons notre prière une fois de plus en essayant encore d'en saisir le sens profond. Nous penserons ensuite à cet homme qui a prononcé le premier cette prière. Avant tout, il voulait devenir un «instrument». Puis il demandait la grâce d'apporter l'amour, le pardon, l'harmonie, la vérité, la foi, l'espérance, la lumière et la joie au plus grand nombre possible de personnes.

Il exprimait ensuite une aspiration et un espoir personnels. Et souhaitait pouvoir, avec la grâce de Dieu, trouver lui-même quelques-uns de ces trésors. Il tâcherait d'y parvenir par ce qu'il appelait l'oubli de soi. Que voulait-il dire par «oubli de soi», et comment se proposait-il de le réaliser?

Il trouvait préférable de consoler plutôt que d'être consolé, de comprendre plutôt que d'être compris, de pardonner plutôt que d'obtenir le pardon.

Voilà, en partie, ce qu'on pourrait appeler une méditation, une toute première tentative pour entrer dans un certain état d'esprit, pour aller voyager dans le royaume de l'esprit, si vous voulez. Cette expérience devrait être suivie d'un regard attentif sur notre situation présente et sur les changements qui pourraient survenir dans notre vie si nous étions en mesure de nous rapprocher de l'idéal entrevu. La méditation est un exercice qui peut prendre sans cesse plus d'envergure. Elle ne connaît pas de limites, ni en largeur ni en hauteur. Favorisée par toutes les connaissances et tous les exemples que nous pourrons trouver, elle devient en somme une aventure personnelle que chacun de nous peut conduire à sa guise. Mais son objectif est toujours le même: améliorer notre contact conscient avec Dieu, avec Sa grâce, Sa sagesse et Son amour. Et rappelons-nous toujours qu'en réalité, la méditation est un exercice intensément pratique. Ses premiers fruits se manifestent par l'équilibre émotif. Elle nous permet d'élargir et d'approfondir la communication qui nous relie à Dieu tel que nous Le concevons.


L'une des plus précieuses récompenses que peuvent nous apporter la prière et la méditation, c'est sans doute le sentiment d'appartenance que nous en tirons. Désormais, nous ne vivons plus dans un monde totalement hostile. Nous ne sommes plus perdus ou affolés, nous ne sommes plus sans but. Dès que nous pouvons, ne serait-ce qu'un instant, entrevoir la volonté de Dieu, dès que nous commençons à considérer la vérité, la justice et l'amour comme les vraies valeurs, les valeurs éternelles de la vie, plus rien ne vient nous bouleverser de tout ce qui semble être la preuve du contraire dans l'ordre purement humain qui nous entoure. Nous savons que Dieu veille avec amour sur nous. Nous savons qu'en nous tournant vers Lui, tout ira bien pour nous, ici-bas et dans l'au-delà.